Gardons notre âme d’enfant.

SEP 25 · créativité · 10 min

Gardons notre âme d’enfant.

Je suis devenu papa en ce début d’année. Quel émerveillement de se trouver face à ce petit être pur, ma descendance, innocente et insouciante. Je suis là, assis dans le canapé, à lui donner le biberon au beau milieu de la nuit, 3:36 sur ma montre.

Je diverge dans mes pensées, à moitié éveillé. Quel monde va-t-on lui laisser ? Quel avenir se dessine devant nous ? Sera-t-elle préparée à affronter l’adversité ? Je devrais aller me recoucher.

Il y a plusieurs groupes de personnes. Ceux qui voient l’avenir de manière optimiste et défini, optimiste et indéfini, pessimiste et défini, pessimiste et indéfini. Je ne sais pas vraiment de quel bord je me trouve encore, cela dépend du moment de la journée.

Mais notre âme d’enfant, j’y pense souvent. Quoi qu’en devenir du futur, de notre avenir qui se trame, de la société dans laquelle nous évoluons, je pense qu’on ne devrait jamais la perdre.

Sans faire de démagogie, nous avons quand même été assez endoctrinés, façonnés depuis notre plus jeune enfance, à nous conformer à des codes régis par une société relativement patriarcale qui prône la compétition, l’apparence, la réussite sociale et professionnelle. Un clan qui condamne l’échec. Cette masculinité omniprésente qui nous défend d’avoir des sentiments et de garder notre âme d’enfant. Cette société mouvante et changeante qui rend le lendemain incertain.

Revenons en arrière. Nous sommes rentrés dans les rangs de la convention et du conformisme dès les bancs d’écoles. La différence y était mal perçue, l’échec aussi. Le but, devenir un adulte mature et responsable, semblable aux autres, comme nos aïeuls. Qu’est-ce qu’être un adulte ai-je envie de demander ?

Je me rappelle un camarade de classe talentueux qui dessinait de manière trop enfantine pour certains professeurs, il n’a jamais abandonné, il ne s’est pas formaté. Aujourd'hui, il a crée le plus gros collectif de graffeurs de Paris-Est, a sorti son enième tome, a participé plusieurs fois au festival de la BD d’Angoulème et bosse dans un studio graphique.

Puis, nous avons commencé à travailler. Pour la plupart, dans un système quadrillé, hiérarchisé et codifié. Bienvenue dans le monde merveilleux de la bureaucratie, du politiquement correct et du statu quo. Le monde des Bisounours et d’Alice aux pays des merveilles recèle pourtant d’enseignements précieux.

Que s’est-il passé entre-temps au point d’en perdre notre âme d’enfant ? La conformité à la place de la créativité, la performance au lieu de l’expérience, la peur de l’échec au lieu de l’essai, l’hypocrisie au lieu de la franchise, la résignation au lieu de la résilience, l’attente au lieu de l’émerveillement, etc. ?

Nous en connaissons beaucoup, pourtant, de ceux qui ont réussi, tout en gardant leur âme d’enfant : Nicolas Tesla, Georges Méliès, Walt Disney, Steven Spielberg, Quentin Tarantino, Ed Catmull, Steve Jobs, Elon Musk, Lionel Messi, Jamel Debbouze, … pour n’en citer que quelques-uns.

Voici une liste non exhaustive d’enseignements que nous pouvons tirer simplement, en observant nos enfants.

Les enfants sont résilients.

Nous sommes tous un jour tombés de notre vélo, chuté d’un arbre, pris une grosse gamelle qui nous a laissé des séquelles. Et néanmoins, nous nous sommes relevés, sans tergiverser, sans penser à ce qui nous venait d’arriver, même avec une grosse bosse ou un bleu. Nous ne nous sommes pas lamenté en doloriste sur notre châtiment, nous sommes allés de l’avant.

Un conseil de grand-mère entendu d’une amie : “Quand une déception t'arrive, tu pleures un bon coup, tu retrousses tes manches et tu passes à autre chose !” Si J.K Rowling avait abandonné face à tous les refus, nous n’aurions jamais eu le plaisir de lire les aventures d’Harry Potter. Si le fondateur de Starbucks n’avait pas persisté auprès des banques, nous ne pourrions siroter notre Mocha glacé avec notre prénom mal écrit.

Nelson Mandela disait : “Je ne perds jamais. Soit, je gagne, soit j'apprends.”

Alors, à la prochaine défaite, au prochain échec, remonte sur ton vélo et pédale.

Les enfants sont sans jugement.

Veux-tu être mon ami ? Comment tu t’appelles ? Combien de fois avons-nous entendu ces paroles de la bouche d’enfants ? Ils sont tournés vers l’autre, sans jugement.

Je pense à Françoise Barré Sinoussi, prix Nobel de médecine pour sa découverte du VIH qui incite à aller à la rencontre des autres. En l’occurrence, elle alla côtoyer des patients malades du sida dans le cadre de sa recherche, et ce, malgré le clivage de cette population victime de discrimination.

Les enfants ne semblent pas avoir de biais, ils n’ont pas encore été inoculés avec cette fâcheuse habitude de classer les gens dans des cases.

Avant de juger quoi que ou qui que ce soit, essayons de se mettre à la place de l'autre avec empathie et de le considérer comme un être singulier à part entière. Nous avons trop souvent tendance à croire que les autres devraient penser comme nous.

Adoptons des points de vue différents, la diversité et la mixité apportent de la richesse quoi qu’on en dise. Les préjugés naissent là où l’ignorance règne.

Les enfants sont francs.

Un paradoxe par rapport au paragraphe précédent. Ce n'est pas bon, c’est moche, c’est nul,… les enfants ne gardent pas la langue dans leur poche, c’est le moindre que l’on puisse dire. Jacques Martin disait que la vérité sort de la bouche des enfants ? Ils ont le mérite d’être cash.

Ed Catmull, dans son livre Creativity.Inc, raconte les sessions de gouvernance au sein de Pixar. Ces moments d’échange à bâton rompu où chacun peut s’exprimer librement et ouvertement, pour racler le fond de sa pensée. Sans titre, sans rang, chacun y va de son tempérament. Sans ces phases de dialogues ouverts, nous n'aurions peut-être pas pu découvrir les extraordinaires aventures des jouets d’Andy.

Dans les réunions, en présence de la direction, trop de gens timorés ont peur de prendre la parole de crainte d’être réprimandés. Pourtant, les bonnes idées surgissent de partout. Affranchissez-vous du syndrome de l’imposteur et ne fléchissez pas devant les Hippo (highest paid person opinion).

Apprenez à recevoir du feedback, ne tombez pas dans l’effet d’auto-complaisance, détachez-vous de vos émotions, ne prenez pas les choses personnellement, ni de suppositions, ce n’est souvent bien qu’une simple projection. Soyez honnête en toute sincérité.

Les enfants questionnent tout le temps.

Quand est-ce qu’on arrive ? Quand est-ce qu’on mange ? Pourquoi ça veut dire quoi ? Nous passons fréquemment à côté de l’information, car nous ne savons pas poser de bonnes questions ou pas assez.

Vous seriez surpris de savoir que certaines des plus grandes catastrophes humaines sont imputables à un manque de questions et de communication. Les ingénieurs de Tchernobyl ont suivi aveuglément des procédures mal conçues, sans remettre en question des ordres absurdes.

Nous avons tous en tête Columbo qui se retourne et prononce : “ une dernière chose” ou bien “Élémentaire, mon cher Watson”, comme dirait Holmes.

Poser des questions en début de projet mène à un énoncé éclairé, ce qui aide à prendre des décisions mesurées. ”Je ne sais qu'une chose, c'est que je ne sais rien “, Socrate avait bien raison.

Questionnez-vous même, votre réalité, tel un soliloque. Se questionner pour ne pas tomber dans des biais de confirmation et de disponibilité. Ayez des convictions et non des certitudes.

Les enfants jouent ensemble.

Karim Benzema nous raconte qu’il a le même ressenti en jouant au Real Madrid qu’entre enfants du quartier dans sa jeunesse. Un ballon, un cadre, des règles et un objectif, tout est bon. Une comparaison quelque peu risible, mais crédible.

Ce qui prône ici, c'est l’intérêt en commun. Le fait de jouer, de prendre du plaisir et de gagner. Tout le monde s’accorde à suivre les règles du jeu sans polémiquer. Le collectif plutôt que l’individualisme. Mettre l’égo de côté pour faire le premier pas.

Les plus grandes victoires collectives connues sont celles d’équipe unie, interagissant continuellement autour d’une cause commune. Les All-blacks en sont un bon exemple. Les orchestres symphoniques jouent à l’unisson pour nous livrer les plus belles mélodies.

Le design n’est pas une discipline cavalière et individualiste, celui qui crée pour soi est un amateur, celui qui crée pour autrui est un professionnel. Ensemble, on va plus loin, c’est bien connu.

Évitons la débandade en posant les jalons en amont. Ouvrons-nous aux uns et aux autres en acceptant nos différences, en se réunissant comme la communauté de l’anneau.

Les enfants sont ouverts au changement.

“Ce ne sera pas demain la veille”. Ce n’est pas possible, ça ne marchera jamais. Nous avons reçu bon nombre d'injonctions par peur de l’incertitude et de l’inconnu. Notre résistance au changement nous empêche de desceller notre vrai potentiel. Si l’acrasie vous hante à l’idée de faire quelque chose, c’est sûrement bon signe.

À chaque bouleversement industriel et technologique, des personnes réfractaires et récalcitrantes se sont manifestées. La voiture, l’avion, internet, le téléphone portable… l’IA. Qui utiliserait une carte routière de 2 m de large au lieu de son GPS ?

Les enfants n’ont aucun problème à essayer de nouvelles choses, à changer de direction. Épargnons-nous l’effet des coûts irrécupérables, si la voie nous même à un cul-de-sac, changeons de cap.

Trop de Mastodon ont sombré, réticents à saisir le vent en poupe, frileux au progrès. Kodak, Nokia, Blockbusters pour en citer quelques-uns.

Les entreprises florissantes sont celles qui misent sur la vitesse et l’innovation. Celles qui façonnent le monde de demain, sans attendre qu’il se présente.

Les enfants sont dans l’émerveillement.

Un bout de bois, un caillou, un nuage dans le ciel, une flaque d’eau qui scintille… Un moindre rien peut fasciner n’importe quel enfant. Ils scrutent le monde avec une curiosité brute, dénuée d’a priori. Obnubilés par les sirènes de camions de pompiers, les trains qui défilent à grande vitesse, les dinosaures qui prennent vie dans les livres, etc. Les enfants ont cette curiosité insatiable, cette passion dans la découverte de nouveaux horizons. Ils accaparent un sujet et l'exploitent dans les moindres recoins, ce qui forge parfois des vocations.

Ils sont les débutants d’un monde en perpétuel renouvellement que nous, adultes, traversons souvent sans le voir. Après tout, la beauté n’est pas tant dans les choses que dans la manière dont on les regarde.

Les enfants vivent au présent.

Quel jour sommes-nous ? Euh, jeudi … ? Non, nous sommes mardi Maéva. Les enfants n’ont pas d’heure, ni de calendrier dans leur poche et ce n’est pas plus mal. Nous sommes fréquemment tiraillés, un équilibriste entre deux chaises, à se balancer entre le passé et le futur, sans profiter de l’instant présent. Ce qui compte, c'est l’action d’aujourd'hui et non l’intention de demain.

Dans un monde en proie à la surinformation, à la surexposition, regarder autour de nous, écouter pleinement, ressentir intensément, sans anticipation ni regret. Juste être.

Mon grand-père a vécu jusqu'à la fin de ses jours, ancré dans le présent, à s’émerveiller de chaque petit moment.

Voici une citation de Philippe Roth qui me plait beaucoup : "Ne vous souciez pas de là où vous irez, car si vous arrivez à vivre chaque instant, vous serez toujours exactement là où vous devez être.”

Et maintenant ?

Je pense, qu’en gardant au fond de nous cette âme d’enfant, cela nous libère de certains codes, de certaines contraintes auto-imposées, de ces fausses croyances et pensées limitantes, de cette peur du regard des autres qui nous altère et nous renferme sous une carapace, cette angoisse qui bride notre créativité et notre spontanéité.

Alors, pourquoi ne pas nous autoriser, ne serait-ce qu’un instant, à renouer avec cette insouciance ? À voir le monde avec des yeux neufs, à accueillir le changement avec curiosité, à cultiver notre imagination ?

Mon enfant a terminé son biberon, endormi paisiblement, il est temps pour moi de retourner me coucher. Demain, un autre jour démarre. Un avenir optimiste défini.

Merci de m’avoir lu jusqu’au bout, à bientôt.

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